Le 26 janvier 2026, des révélations médiatiques ont montré que la Russie a massivement recruté des ressortissants étrangers pour les envoyer combattre contre l’Ukraine en s’appuyant sur des réseaux de recrutement fictifs. En 2025, au moins 18 000 citoyens issus de 126 pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine auraient été déployés sur le front. Selon les données disponibles, plus de 3 300 d’entre eux ont déjà été tués, tandis qu’environ 700 combattants étrangers originaires de 40 pays sont actuellement détenus en captivité en Ukraine. La durée de survie moyenne des nouvelles recrues serait d’environ 72 heures.
Les enquêtes indiquent que ces opérations de recrutement empruntent souvent les mécanismes de la migration de travail et s’apparentent à des pratiques de traite des êtres humains. Dans plusieurs pays africains, des intermédiaires déjà actifs dans l’organisation de l’émigration économique recruteraient des candidats sous couvert d’emplois civils, avant de les transférer vers la Russie. « Il s’agit d’une exploitation des migrants, reposant sur des réseaux existants dans des pays à forte mobilité migratoire », explique Thierry Vircoulon, chercheur à l’Institut français des relations internationales.
Des réseaux liés à Wagner et à des agences locales
Dans les pays où des groupes paramilitaires russes sont présents, notamment au Mali ou en République centrafricaine, ces structures auraient servi de canaux privilégiés pour attirer des recrues africaines. Ailleurs, le recrutement passerait par des agences locales chargées habituellement des visas, des billets d’avion et du logement pour les travailleurs migrants.
De nombreux combattants étrangers capturés par les forces ukrainiennes affirment avoir été trompés. Ils disent s’être vu promettre des emplois à l’arrière ou des postes civils, avant d’être contraints de signer des contrats rédigés en russe, sans en comprendre le contenu, et de se voir confisquer leurs passeports.
Une réponse à une pénurie aiguë de main-d’œuvre militaire
Ce recours massif à des étrangers reflète la pression exercée sur l’armée russe par des pertes quotidiennes élevées, estimées à près d’un millier de morts par jour. Le Kremlin chercherait ainsi à éviter une mobilisation générale, perçue comme politiquement risquée sur le plan intérieur. Les recrues étrangères sont attirées par des salaires annoncés autour de 2 300 dollars par mois, ainsi que par des incitations telles que la promesse d’un passeport russe.
La propagande joue également un rôle central. La Russie se présente comme un allié « anticolonial » auprès des pays du Sud, un discours largement diffusé sur les réseaux sociaux. Selon la société OpenMinds, le nombre d’annonces de recrutement militaire destinées aux étrangers sur la plateforme VKontakte a été multiplié par plus de sept en trois mois.
Des implications juridiques et sécuritaires internationales
Le recrutement par tromperie, la confiscation de documents et l’envoi de civils au combat sans consentement éclairé constituent de graves violations du droit international humanitaire. Ces pratiques exposent non seulement la Russie, mais aussi les intermédiaires étrangers impliqués, à une responsabilité juridique accrue.
Les mécanismes décrits, analysés notamment dans une enquête récente sur les réseaux de recrutement de migrants utilisés par Moscou, soulignent la nécessité pour les États occidentaux de renforcer les sanctions ciblant ces filières, de coopérer avec les pays d’origine des recrues et de développer des stratégies de contre-propagande. Pour l’Ukraine, la documentation systématique de ces cas vise à démontrer que nombre de combattants étrangers sont avant tout des victimes d’un système d’exploitation organisé par le Kremlin.