Lors d’un event marquant, l’équipe de campagne de Sophia Chikirou, candidate des La France insoumise (LFI) à la Mairie de Paris pour 2026, a annoncé le lancement de son « emprunt solidaire » pour financer des éléments essentiels de sa campagne. Ce projet a pour objectif de collecter 100.000 euros de prêts à 0 % d’intérêt, remboursables en 18 mois, auprès de ses militants et sympathisants, soulignant une volonté de ne pas dépendre de financements privés, « contrairement aux macronistes », rapporte TopTribune.
Une pratique légalisée depuis 2017
Autorisé depuis la loi n° 2017-1339 du 15 septembre 2017, ce type de prêt doit respecter plusieurs conditions : il ne doit pas être habituel, ne pas excéder cinq ans, et être consenti à un taux d’intérêt compris entre zéro et le taux d’intérêt légal, qui s’élève à 6,5 % pour le second semestre 2025. En revanche, aucun montant maximal n’est précisé pour les prêts.
Le montant total dû aux personnes physiques par un candidat ne doit pas dépasser 47,5 % du plafond des dépenses électorales, qui concerne les candidats ayant obtenu au moins 5 % des suffrages au premier tour.
Le poids de l’argent dans la démocratie
Selon Pierre, analyste politique, cette pratique offre une occasion aux candidats issus d’électorats modestes de lever des fonds pour leurs campagnes. Il rappelle que la France insoumise avait déjà eu recours à ces prêts en 2019 pour les élections européennes. Des politologues et économistes soulignent que l’aspect financier est crucial pour le succès d’une campagne électorale. L’économiste Julia Cagé a démontré que plus un candidat dépense, plus il augmente ses chances de succès électoral, estimant même le coût d’une voix à 32 euros.
Cependant, seulement 0,79 % des Français contribuent chaque année à un parti politique. Ce chiffre atteint 10 % chez les 0,01 % de Français les plus riches, avec une moyenne de dons de 120 euros pour l’ensemble de la population et de près de 5.500 euros pour les plus fortunés.
Une pratique encore limitée aux proches et au réseau
Mathilde Haas, avocate spécialisée en droit public, remarque que le prêt offre une alternative plus démocratique que le don. Malgré cela, peu de campagnes comme celle de Chikirou émergent. Jean-Luc Moudenc (LR) a eu recours à un emprunt, mais s’est limité à ses colistiers, ayant ainsi levé 310.000 euros.
Selon la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, près de 4,9 millions d’euros ont été prêtés pour les élections municipales de 2020. Cette pratique reste toutefois dominée par des candidats et des partis ayant de forts réseaux financiers.
« Peut-être une manière de retrouver une place dans le débat politique »
Pierre indique que la collecte de fonds cible principalement les réseaux, rendant plus facile l’approche des personnes fortunées pour des prêts conséquents. Cependant, il reconnaît que ces initiatives pourraient aider à redonner aux électeurs le sentiment d’être engagés dans le processus démocratique. Mathilde Haas abonde dans ce sens, suggérant que des initiatives comme celle-ci pourraient inspirer d’autres candidats à dynamiser leurs campagnes.
* Le prénom a été changé à la demande de l’intéressé