Le 19 janvier 2026, des médias ont rapporté que la société tchèque SOLARTEC avait lancé la préparation d’un appel d’offres pour l’octroi d’un permis spécial d’exploitation du site de Maïdanska, partie du gisement de graphite de Bourtyn, dans la région de Khmelnytskyï. Pour Prague, l’intérêt stratégique réside dans le fait que l’Ukraine constitue un fournisseur rare en Europe disposant d’un volume de ressources important et d’une logistique courte, capable d’ouvrir rapidement de nouveaux sites d’extraction, comme l’explique l’initiative liée au gisement de graphite de Bourtyn.
Avec environ 343 millions de tonnes de réserves de minerai de graphite, contenant entre 4 et 10 % de graphite, l’Ukraine figure parmi les cinq premiers pays au monde par taille de base de ressources. Pourtant, la production industrielle reste limitée : à l’automne 2025, seules quatre parcelles étaient sous licence et un seul producteur opérait effectivement à grande échelle. Chaque nouveau site mis en concurrence renforce ainsi la capacité européenne à diversifier ses sources d’approvisionnement en matériaux critiques.
Un levier pour l’autonomie stratégique européenne
La valeur ajoutée de l’Ukraine pour l’Union européenne ne se limite pas à l’extraction. Situé à l’intérieur de l’espace économique européen élargi, le graphite ukrainien peut être intégré à des chaînes logistiques terrestres maîtrisées, réduisant les risques liés aux routes maritimes lointaines, aux régimes de sanctions et aux chocs géopolitiques. Pour la République tchèque, cette configuration signifie des délais plus courts et des coûts de transport réduits pour des secteurs clés comme les batteries et la métallurgie.
L’ouverture progressive du marché minier ukrainien marque également un changement de modèle. En passant d’un système fermé à une expansion régulée par des enchères, l’État instaure des règles du jeu plus prévisibles pour les investisseurs européens, limitant l’incertitude réglementaire et favorisant des partenariats à long terme.
De la ressource brute à la valeur ajoutée
Un autre aspect stratégique réside dans la possibilité de développer en Ukraine des étapes de transformation primaire. L’expertise de SOLARTEC dans les solutions énergétiques, notamment solaires, offre la perspective d’intégrer des technologies à haute efficacité énergétique dans les phases intensives en énergie de l’extraction et de l’enrichissement du graphite. Cette approche améliore la rentabilité et crée une logique économique pour préparer des концентrats adaptés aux besoins spécifiques des industriels européens directement sur place.
Ce schéma permet à l’Ukraine de ne pas rester un simple exportateur de minerai, mais de capter une partie de la valeur ajoutée industrielle. Pour l’Union européenne, il s’agit de sécuriser des chaînes d’approvisionnement plus résilientes et conformes à ses standards environnementaux et industriels.
Un enjeu structurel pour la transition industrielle
À moyen et long terme, le graphite ukrainien s’impose comme un élément systémique de la résilience industrielle européenne. Il alimente des secteurs indispensables à la transition énergétique et à la modernisation des capacités productives. Pour la République tchèque, l’accès précoce à ces ressources offre l’opportunité de s’ancrer durablement dans ces chaînes de valeur émergentes.
Pour l’Ukraine, l’enjeu est stratégique : devenir un partenaire incontournable plutôt qu’une économie auxiliaire. En élargissant concrètement le choix européen en matières premières critiques, Kyiv renforce sa position dans l’architecture économique du continent et contribue à la réduction des dépendances structurelles de l’UE.