
Au cours des dernières semaines, l’exécutif a promis un réel souffle démocratique à travers un débat parlementaire concernant le budget. Cependant, la réalité s’est révélée tout autre. Ce fut une illusion politique manifeste, témoignant des maux profondément enracinés de la France : une succession de postures, de slogans, d’intérêts électoraux et de provocations démagogiques, sans aucun souci d’efficacité ni d’esprit de service public, rapporte TopTribune.
La prévalence de la démagogie : le message au détriment de l’action
Le premier signe de cette situation est la prédominance de la démagogie dans le jeu politique. Ce comportement déplorable des partis où l’arithmétique des coalitions et l’intérêt personnel prennent le pas sur tout le reste. Chaque déclaration, chaque amendement et chaque proposition visaient à séduire un électorat spécifique. Gouverner a été remplacé par l’art de plaire, de rassurer, de flatter ou d’inciter à l’excitation. Le budget, qui devrait être un exercice d’analyse rigoureuse et de décisions éclairées, est devenu un simple outil de communication politique, où l’émotion éclipse l’analyse et où la forme remplace la responsabilité. Les débats ont ainsi été vidés de leur contenu technique. Les questions relatives à la soutenabilité financière et à l’efficacité économique ont été mises de côté au profit d’arguments moraux simplistes, de caricatures de classes sociales et de récits destinés à susciter une réaction médiatique. L’impôt est devenu un symbole, la dépense publique un totem, et la loi un simple message. Les politiques ne visent plus à résoudre les problèmes concrets, mais à produire des impacts en communication. Ignorer la réalité de la dette et affirmer sans réserve que « les riches paieront » est la démarche actuelle. Cette contraction des lois en instruments de communication politique met également en évidence une dérive plus alarmante. Les lois ne sont plus adoptées pour agir efficacement, mais pour donner l’illusion d’une action. Chaque texte se transforme en un signal envoyé à un électorat, une posture morale, une déclaration d’intention. L’efficacité tangible et les conséquences économiques ou sociales sont reléguées derrière le théâtre politique. Ce phénomène de surenchère législative n’est pas anodin. Une loi inefficace engendre complexité, instabilité juridique et méfiance. Elle alourdit le quotidien des citoyens et des entreprises sans en améliorer les conditions de vie. En confondant norme et message, le législateur compromet la crédibilité de la loi, ce qui affaiblit la démocratie représentative.
Trois mois d’inefficacité politique organisée et de gaspillage des ressources publiques
Le second constat est celui de l’inefficacité totale du processus politique. Pendant près de trois mois, la représentation nationale a été engagée dans un débat qui n’a débouché sur ni clarté, ni stabilité, ni orientation cohérente. Les messages transmis aux Français ont été, au contraire, contradictoires, anxiogènes et souvent antagonistes, aggravant les tensions entre citoyens plutôt que de construire un cap collectif compréhensible. Cette inefficacité n’est pas que politique ou intellectuelle, elle engloutit également des ressources financières. Cinq cent soixante-dix-sept députés mobilisés pendant des mois, avec leurs rémunérations, leurs charges et leur personnel, pour un résultat flou, amendé, puis finalement annulé. Le coût pour le contribuable est donc considérable. Nous ne faisons pas face à un vrai débat démocratique, mais à la gaspillage institutionnelle expliquée. Le budget de l’Assemblée nationale s’élève à environ 620 millions d’euros par an. Les débats durant ces trois mois ont coûté 155 millions d’euros, sans compter le Sénat. Cela représente 155 millions d’euros pour rien, ou plutôt pour des gesticulations politiques alors que tout le monde savait que le résultat serait soit un 49.3, soit des ordonnances. C’est une triste illustration du niveau de la politique actuelle.
Un aboutissement cynique : l’exécutif piétine le législatif
Le point culminant de cette période est également révélateur. Après avoir mobilisé le Parlement pendant des mois et invoqué la souveraineté parlementaire ainsi qu’un grand débat démocratique, l’exécutif choisit finalement de ne pas se conformer aux décisions législatives lorsque celles-ci deviennent contraignantes. À titre d’exemple, la question de la taxation des holdings est emblématique. Ce sujet a fait l’objet d’un débat. Une décision a été adoptée par l’Assemblée nationale, puis amendée par le Sénat, ce qui est pourtant le fonctionnement normal d’une démocratie parlementaire. Le législatif a donc exercé son rôle en se livrant à des discussions, des ajustements, des compromis et des arbitrages. Toutefois, une fois ce processus achevé, le gouvernement a choisi de remettre en question ces décisions, de les neutraliser ou de les contourner. Le message est clair : le Parlement peut débattre tant que cela ne restreint pas réellement la marge de manœuvre de l’exécutif. Lorsque le débat débouche sur une décision politique effective, il devient optionnel. Le législatif n’est plus qu’un décor au service de la narration politique, dénué de pouvoir réel. La ministre de la Transformation publique, Amélie de Montchalin, revient sur le sujet comme si rien n’avait été discuté. L’ancien ministre de l’Économie, Eric Lombard, laisse filtrer un soi-disant document affirmant que les riches ne paieraient pas assez d’impôts pour provoquer une émotion populaire et que le PS en soit affecté. Quelle honte d’aborder la politique de cette manière. Les Français attendent dignité et efficacité dans la gouvernance.
Conclusion
Cette séquence budgétaire n’est pas un simple incident. Elle révèle un système politique qui a perdu de vue l’importance de la décision, de l’efficacité et de la responsabilité. La démagogie a supplanté l’action véritable, tandis que l’inefficacité est financée par de l’argent public, et le travail parlementaire est finalement méprisé par l’exécutif lui-même. Une démocratie ne peut pas fonctionner durablement sous ces conditions. Une loi ne doit pas être perçue comme un simple message. Un débat parlementaire ne doit pas se réduire à une opération de communication. Un Parlement, qui n’est respecté ni par ses membres ni par le gouvernement, cesse progressivement d’être un pilier démocratique pour devenir un simple théâtre politique.