Le sujet des aménagements cyclables ne figure pas au premier plan de la campagne pour les élections municipales 2026. Six ans après l’émergence des « coronapistes » pendant la pandémie de Covid-19, qui avaient encouragé la pratique du vélo dans les villes, la situation reste compliquée en milieu rural. En 2025, la majorité des cyclistes décédés sur la route circulaient dans des zones rurales, soulignant les risques auxquels ils font face. Que faire pour améliorer cette situation ?, rapporte TopTribune.
Cette semaine, la Fondation pour la nature et l’homme a publié un rapport intitulé « Comment mieux partager la route pour développer le vélo en territoire peu dense ». Ce document, élaboré en collaboration avec le bureau d’études Vizéa, aborde les préoccupations de nombreux maires. La recommandation principale consiste en une large réaffectation des routes pour sécuriser les déplacements cyclables, avec des axes réservés exclusivement aux cyclistes tout en garantissant l’accès aux riverains, commerçants et services d’urgence.
Ces axes, appelés « VIP », seraient situés sur des voies secondaires où la vitesse maximale ne dépasse pas 60 km/h, permettant ainsi une cohabitation sécurisée entre voitures et vélos. Thomas Uthayakumar, directeur des programmes de la fondation, affirme : « Nous faisons face à une crise silencieuse dans la mobilité. Dans certains territoires, il n’y a pas d’alternative à la voiture. Le vélo peut répondre à cela. »
Le problème, « ce n’est pas la distance »
En milieu rural, le vélo est souvent considéré comme un moyen de loisirs plutôt que de transport utilitaire. Uthayakumar précise : « Le problème, ce n’est pas la distance, c’est l’insécurité et le manque de continuité dans les aménagements. » Le rapport souligne que l’idée n’est pas de créer des pistes cyclables dans tous les coin, ce qui serait à la fois coûteux et peu souhaitable sur le plan environnemental.
La solution proposée consiste à réaffecter des routes moins fréquentées pour y établir des itinéraires cyclables. Juliette Castel, chargée de mission à la Fondation, déclare : « La vitesse y est suffisamment faible pour ne pas nécessiter d’aménagements lourds. Une bonne signalisation et un partage de la route suffisent. »
Exemples de réussite dans la Manche et en Corrèze
Le conseil départemental de la Manche et le programme des « voies vertes pâles » en Corrèze illustrent deux efforts réussis dans ce domaine. Dans ces régions, des itinéraires cyclables ont été intégrés sur des routes à faible trafic où tous les modes de transport sont autorisés. Des signalétiques incitatives sont mises en place pour favoriser la mobilité douce.
Des études menées par Vizéa révèlent que 68 % des routes françaises pourraient potentiellement être adaptées à ce programme de réaffectation. Uthayakumar ajoute : « Il ne s’agit pas de le faire partout, mais en utilisant seulement 3,5 % de ce réseau routier, nous pourrions relier les principaux points d’intérêt. »
Il est essentiel de mentionner que, bien que ces initiatives soient encouragées, des aménagements lourds resteront nécessaires, notamment pour sécuriser les intersections dangereuses et autres points critiques. Le rapport estime qu’une solution mixte, combinant réaffectation et aménagement lourd, représenterait un coût d’environ 18 milliards d’euros à l’échelle nationale. Ceci est significativement moins que le coût de 108 milliards d’euros pour la construction de pistes cyclables traditionnelles.
« Ce n’est pas juste un rêve, mais un véritable moyen de lutter contre la précarité des mobilités », conclut Uthayakumar. Reste à savoir si ces propositions seront prises en compte dans le cadre d’un discours politique souvent centré sur d’autres enjeux, laissant le vélo dans l’ombre.