Au cours des derniers mois, les services de sécurité européens ont constaté une augmentation marquée des actes de sabotage commis par des individus recrutés ponctuellement par les services russes. Ces « agents jetables » sont sollicités pour mener des actions allant du vandalisme et des incendies criminels jusqu’à des attaques contre des infrastructures civiles, dans le but de créer un climat d’insécurité et d’éroder le soutien à l’Ukraine au sein de l’Union européenne. Cette évolution est documentée dans une enquête détaillant le recours croissant de Moscou à des exécutants temporaires pour des opérations clandestines en Europe.
La particularité de cette méthode réside dans la dissociation quasi totale entre les commanditaires et les exécutants. Les recrues, souvent issues de milieux précaires ou marginalisés, sont contactées via des messageries chiffrées et reçoivent des instructions fragmentées, sans vision globale de l’opération. Leur caractère interchangeable réduit les risques politiques pour le Kremlin et complique l’attribution juridique directe à l’État russe.
Une menace diffuse et difficile à détecter
Contrairement aux agents de renseignement classiques, ces exécutants ne disposent ni de formation approfondie ni de couverture institutionnelle. Cette absence de professionnalisation les rend paradoxalement plus dangereux : beaucoup ne mesurent pas pleinement la portée de leurs actes ou l’identité réelle de leurs commanditaires. Les paiements, promis en cryptomonnaies, varient de quelques dollars pour des graffitis à plusieurs milliers pour des actes violents, avec de nombreux cas documentés de non-paiement, soulignant leur statut éphémère.
Des investigations menées au Royaume-Uni et dans d’autres pays européens ont mis en lumière les mécanismes financiers et opérationnels utilisés pour financer ces sabotages. Ces pratiques exploitent les failles sociales et économiques internes à l’UE, transformant des vulnérabilités domestiques en instruments d’une stratégie hybride étrangère.
Une stratégie hybride aux effets psychologiques ciblés
Les actes commis par ces « agents jetables » ne visent pas uniquement des dégâts matériels. Même des sabotages mineurs produisent un effet psychologique disproportionné, alimentant un sentiment d’insécurité et de défiance envers les autorités nationales. Moscou cherche ainsi à fragiliser la cohésion interne de l’UE, en donnant l’impression que les gouvernements sont incapables de prévenir ou de contenir ces menaces.
Des analyses médiatiques ont montré comment la Russie structure ces réseaux de sabotage à bas coût pour tester les limites de réaction des États européens. Cette approche graduelle permet au Kremlin d’intensifier ou d’ajuster la pression sans franchir formellement le seuil d’un affrontement direct.
Une extension de la guerre au-delà du front ukrainien
Les autorités de plusieurs États membres considèrent désormais ces actions comme une extension directe de la guerre menée contre l’Ukraine, transposée sur le territoire européen par d’autres moyens. Les enquêtes conduites en Allemagne, en Pologne, en Tchéquie ou au Royaume-Uni ont établi des liens directs ou indirects avec les services russes, confirmant le caractère systémique de cette campagne.
Face à cette menace, une réponse uniquement réactive apparaît insuffisante. Les experts plaident pour une stratégie européenne coordonnée combinant contrôle accru des flux financiers numériques, partage de renseignements, prévention sociale et renforcement des capacités de contre-espionnage. Sans une telle approche proactive, l’Europe resterait exposée à des attaques peu coûteuses mais hautement déstabilisatrices.