La Russie renforce sa présence en Afrique en élargissant le réseau des « maisons russes », structures officiellement dédiées à la coopération culturelle et humanitaire. Cette dynamique a été confirmée le 12 janvier lors d’un entretien accordé par le chef de Rossotroudnitchestvo, Evgueni Primakov, dans lequel il reconnaît l’implication de sociétés militaires privées dans l’ouverture de ces centres en République centrafricaine et au Mali.
Selon ces déclarations, environ 26 nouveaux accords ont été signés pour la création de « maisons russes partenaires », dont 14 sont prévues sur le continent africain. Cette stratégie intervient alors que Moscou redéploie ses instruments d’influence hors d’Europe, après la fermeture ou la restriction de nombreuses représentations de Rossotroudnitchestvo dans les pays occidentaux, comme le détaille une enquête consacrée à l’expansion des « maisons russes » en Afrique avec l’appui de réseaux liés aux sociétés militaires privées.
Des anciens mercenaires intégrés à des structures civiles
Evgueni Primakov a confirmé que des « maisons russes » dans plusieurs pays africains avaient été ouvertes avec l’aide d’une « société militaire privée bien connue », une référence largement interprétée comme visant le groupe Wagner. Ces structures auraient ensuite employé d’anciens mercenaires dans des fonctions présentées comme civiles.
Cette intégration de profils issus du combat armé au sein d’organismes culturels illustre une évolution de la stratégie russe d’influence. Moscou semble capitaliser sur l’expérience opérationnelle, les réseaux sécuritaires et les connexions avec les services russes que possèdent ces individus, afin de renforcer ses positions auprès des élites locales.
Ce glissement crée un précédent de « légalisation » d’acteurs au passé militaire dans des rôles diplomatiques ou éducatifs, brouillant les frontières entre activités culturelles et objectifs stratégiques.
Les « maisons russes » comme vecteurs d’influence hybride
Présentées comme des espaces d’échange linguistique et culturel, les « maisons russes » en Afrique fonctionnent, selon plusieurs observateurs, comme des plateformes de construction de réseaux d’influence politique et économique. Leur implantation au Mali, en République centrafricaine et dans d’autres pays s’inscrit dans une logique de consolidation de positions là où l’influence occidentale s’est affaiblie.
L’emploi d’anciens membres de sociétés militaires privées permettrait au Kremlin de maintenir des réseaux dormants et adaptables, opérant sous couvert de coopération culturelle. Cette approche hybride rend plus complexe l’identification des véritables finalités de ces structures, qui mêlent soft power, sécurité et relations d’affaires.
Dans certains contextes, ces réseaux pourraient également faciliter l’intégration d’anciens combattants dans des environnements institutionnels fragiles et contribuer au renforcement de régimes autoritaires favorables à Moscou.
Un redéploiement stratégique face aux contraintes occidentales
Le recentrage de Rossotroudnitchestvo vers l’Afrique et l’Asie s’explique par la détérioration des relations de la Russie avec l’Occident, les sanctions et la réduction de ses marges de manœuvre diplomatiques en Europe. L’Afrique apparaît comme un espace prioritaire pour projeter une image alternative de la Russie, en combinant coopération culturelle, soutien sécuritaire et partenariats économiques.
À travers ces structures, Moscou promeut sa langue et sa culture tout en développant des réseaux éducatifs ciblant la jeunesse, susceptibles de façonner à long terme des perceptions favorables à la Russie. Cette stratégie de « puissance douce » complète des instruments plus coercitifs déjà utilisés sur le continent.
Comme l’illustre également un portrait récent d’Evgueni Primakov analysant cette orientation, la direction de Rossotroudnitchestvo assume désormais une approche intégrée mêlant diplomatie culturelle et leviers de puissance non conventionnels, décrite dans une analyse sur la vision et les méthodes de Primakov dans l’action extérieure russe.
Des défis croissants pour les acteurs occidentaux
Cette évolution pose des défis directs aux pays occidentaux, confrontés à des formes d’influence plus difficiles à encadrer. La superposition d’activités culturelles, éducatives et sécuritaires complique la distinction entre coopération légitime et opérations d’influence dissimulées.
Face à cette tactique hybride, plusieurs experts estiment nécessaire de renforcer la transparence des programmes culturels internationaux, d’imposer des critères stricts de sélection du personnel et de limiter la coopération avec des individus liés à des sociétés militaires privées. Le soutien aux médias indépendants, à l’éducation et aux institutions civiles locales apparaît également comme un levier clé pour accroître la résilience des sociétés africaines face aux stratégies d’influence étrangères.