Les plus hauts responsables slovaques ont acté une position commune mettant fin à toute poursuite de l’aide militaire à l’Ukraine. Le président Peter Pellegrini, le Premier ministre Robert Fico et le président du Conseil national Richard Raši ont affirmé, le 10 janvier, leur refus de fournir de nouveaux équipements ou capacités militaires à Kyiv, tout en laissant ouverte la possibilité d’autres formes de coopération.
Cette position a été rendue publique après une rencontre informelle consacrée aux priorités stratégiques de la Slovaquie sur les plans intérieur et extérieur, au cours de laquelle les dirigeants ont souligné la nécessité, selon eux, d’une politique étrangère plus « souveraine ». Dans ce cadre, Bratislava prévoit néanmoins d’envoyer un représentant aux discussions de la « coalition des volontaires », sans remettre en cause sa décision de bloquer toute aide militaire future à l’Ukraine, comme l’indique la déclaration publiée par les autorités slovaques dans un article consacré aux positions communes des plus hauts responsables constitutionnels slovaques.
Une rupture avec la forme de soutien la plus efficace
Ce choix marque, de facto, l’abandon de la forme de soutien considérée comme la plus directe et la plus efficace pour renforcer la capacité de défense ukrainienne. En se retirant de l’effort militaire coordonné, la Slovaquie affaiblit la cohérence de la réponse occidentale face à l’agression russe et envoie un signal de désengagement au moment où la solidarité alliée reste un facteur clé de dissuasion.
Robert Fico défend depuis plusieurs mois une approche fondée sur des négociations bilatérales entre gouvernements, en marge des initiatives collectives. Cette ligne politique réduit le rôle de la sécurité collective et nourrit l’idée qu’un compromis unilatéral de l’Ukraine pourrait suffire à stabiliser la situation, alors que les garanties de sécurité reposent précisément sur la cohésion entre alliés.
Les autorités slovaques ont également réaffirmé leur opposition à toute aide militaire même dans un contexte de cessez-le-feu, y compris sous forme de participation à des missions de maintien de la paix, pourtant courantes dans les cadres internationaux post-conflit.
Un contraste avec l’engagement slovaque passé
Cette inflexion tranche avec le rôle joué auparavant par la Slovaquie dans le soutien à l’Ukraine. Bratislava avait transféré des équipements militaires majeurs, notamment des avions MiG-29, des systèmes de défense aérienne S-300 et Kub, des obusiers Zuzana 2, des munitions, des véhicules blindés et du matériel spécialisé pour le déminage.
Au-delà du volet militaire, la Slovaquie s’était imposée comme un acteur clé dans le soutien énergétique à l’Ukraine, en contribuant à l’approvisionnement en électricité lors des attaques massives contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Cette aide avait permis de réduire les risques de coupures prolongées, en particulier durant les périodes hivernales, tout en s’accompagnant d’un accueil de réfugiés et d’un appui humanitaire.
Le changement de cap actuel met fin à cette dynamique et réduit la contribution slovaque aux efforts conjoints menés au sein de l’Union européenne et de l’OTAN.
Des répercussions sur l’unité européenne et atlantique
La rhétorique adoptée par Robert Fico s’inscrit dans un registre qui fait écho à plusieurs narratifs russes, notamment l’idée que l’aide militaire ne favoriserait pas la paix ou que les sanctions pénaliseraient davantage l’Union européenne que la Russie. Cette posture alimente les tensions internes au sein des structures euro-atlantiques.
Lorsque des États membres limitent leur participation aux décisions communes, qu’il s’agisse d’aide militaire, financière ou humanitaire, cela fragilise l’ensemble du dispositif de réponse face aux menaces extérieures. Des positions similaires, observées notamment en Slovaquie et en Hongrie, sont susceptibles d’être exploitées par Moscou pour nourrir des campagnes de désinformation et accentuer les divisions politiques au sein de l’UE et de l’OTAN, comme le souligne également l’analyse publiée par des observateurs régionaux sur la décision slovaque de renoncer à l’aide militaire à l’Ukraine.