La Bulgarie s’apprête à adopter l’euro le 1er janvier 2026, devenant ainsi le 21e membre de la zone euro, dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires. Selon les informations publiées par The Guardian sur la désinformation russe autour de l’euro en Bulgarie, les autorités européennes redoutent que des opérations d’influence menées par la Russie alimentent la méfiance d’une partie de la population envers la monnaie unique, à un moment clé pour l’intégration du pays.
Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a reconnu ouvertement que Moscou mène une guerre hybride contre l’Europe, combinant provocations, actes de sabotage, violations de l’espace aérien, ingérences politiques et campagnes de désinformation. Dans ce cadre, l’adhésion de la Bulgarie à la zone euro dépasse la seule dimension économique et revêt une portée stratégique pour l’Union européenne.
Un enjeu stratégique pour l’Union européenne
À Bruxelles comme à Sofia, l’entrée dans la zone euro est perçue comme un levier pour renforcer l’économie de l’État membre le plus pauvre de l’UE et consolider son orientation proeuropéenne. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné que l’euro devait favoriser une hausse des échanges, des investissements, ainsi que la création d’emplois de meilleure qualité et de revenus réels pour les citoyens bulgares.
Lors d’une récente visite à Sofia, Valdis Dombrovskis a insisté sur le fait que le passage à l’euro intervient dans un contexte marqué par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, la montée des tensions géopolitiques et l’incertitude économique mondiale. Selon lui, ces facteurs mettent en évidence l’importance de l’unité européenne, les États de taille moyenne ou modeste ne disposant pas, seuls, du poids nécessaire pour influencer l’ordre international.
Une société divisée et une scène politique sous tension
Malgré les bénéfices annoncés, la société bulgare reste profondément partagée. Un sondage du ministère des Finances indique que 51 % des citoyens soutiennent l’adoption de l’euro, tandis que 45 % y sont opposés. Cette polarisation s’est traduite par des incidents politiques, notamment en juin 2025, lorsque des députés du parti ultranationaliste prorusse Renaissance ont bloqué la tribune du Parlement après l’approbation de l’adhésion par la Commission européenne, provoquant une altercation physique.
Pour plusieurs observateurs, ces tensions reflètent une crise politique plus large, dans laquelle la question monétaire est devenue un symbole de choix géopolitique. Les forces prorusses exploitent ce débat pour nourrir des récits sur une prétendue perte de souveraineté et une domination de Bruxelles, transformant une décision économique en instrument de confrontation politique.
La désinformation comme outil de guerre hybride
Les services de sécurité bulgares ont identifié des réseaux liés à la Russie cherchant à affaiblir le soutien à l’euro par la diffusion de fausses informations et de contenus manipulatoires sur les réseaux sociaux. Ces campagnes visent à susciter des craintes autour de la hausse des prix, de l’érosion du contrôle national et d’un supposé « diktat » européen, sapant la confiance dans les institutions et les données officielles.
Pour la Commission européenne, ces actions s’inscrivent dans une stratégie plus large de guerre hybride destinée à accentuer les divisions internes et à réduire la capacité de l’UE à agir de manière cohérente. Dans ce contexte, la réussite de la transition monétaire bulgare est perçue comme un test de résilience institutionnelle et de solidarité européenne face aux tentatives d’ingérence extérieure.