Pourquoi la fascination pour les fesses des femmes révèle-t-elle des inégalités de genre persistantes ?

Pourquoi la fascination pour les fesses des femmes révèle-t-elle des inégalités de genre persistantes ?

26.12.2025 07:07
2 min de lecture

La transformation de la perception des corps féminins et les inégalités de genre persistantes

La mode actuelle glorifie les fesses rondes et plantureuses chez les femmes, un phénomène observé par Erell Hannah, autrice de bande dessinée et essayiste féministe. Cet automne, elle a cosigné avec l’illustrateur Fred Cham un essai intitulé Derrière – Une étonnante histoire de fesses, qui explore la dimension symbolique des fesses à travers l’histoire et les nouveaux diktats esthétiques. Pour Hannah, l’importance accordée aux fesses souligne comment le corps féminin est soumis à des injonctions changeantes au fil des siècles, rapporte TopTribune.

Historiquement, jusqu’au XVIIe siècle, peu d’attention était portée aux fesses. Erell Hannah explique que « pendant plusieurs siècles, on accordait peu d’importance esthétique aux fesses. Les travaux de l’historien Georges Vigarello montrent que le bas du corps était perçu comme une zone peu intéressante, servant uniquement de support au buste. Avec l’arrivée des miroirs au XIXe siècle, cette perception a évolué. »

Dans cette même période, les fesses des femmes commencent à être décrites dans la littérature, notamment dans le roman Nana d’Émile Zola, sorti en 1881. L’évolution continue avec la réduction des vêtements féminins et l’essor de loisirs tels que les bains de mer, tandis que des représentations de corps féminins de plus en plus sexualisés apparaissent dans les music-halls.

Des normes esthétiques évolutives

Au XXe siècle, les idéaux de beauté évoluent, marquant une dévalorisation du corps avec des courbes plus généreuses. La publicité et la culture populaire renforcent ces normes, où les femmes sont de plus en plus minces, comme le souligne Hannah : « Dans les années 1990, les femmes considérées comme sexy étaient Kate Moss ou Britney Spears, avec un petit fessier. »

Les années 2010 marquent un tournant avec l’émergence d’un idéal de beauté « curvy », popularisé par des célébrités telles que Kim Kardashian. Ce nouvel idéal met en avant des courbes prononcées, engendrant un culte des fesses généreuses. Toutefois, Hannah prévient que ce phénomène peut également renforcer les pressions sur les femmes à conformer leur corps à ces nouveaux standards. « Les diktats sur le corps des femmes ne faiblissent pas, » explique-t-elle, tout en notant que ces normes peuvent renforcer la marchandisation de l’apparence féminine.

Les inégalités de genre demeurent largement présentes malgré ces évolutions. Hannah affirme que la surveillance constante de l’apparence des femmes est un indicateur des inégalités persistantes, citant les travaux de Susan Bordo et Sandra Bartky qui montrent que chaque avancée des droits des femmes entraîne en parallèle des normes esthétiques plus strictes. « On va dans la bonne direction à de nombreux niveaux, mais concernant les diktats qui entourent les corps des femmes, il est clair qu’ils ne diminuent pas, » conclut-elle.

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