Les livres politiques en France: une tendance à droite dominée par des figures controversées
Les récents succès des publications politiques témoignent d’une tendance marquée vers la droite en France, alimentée par des personnalités telles que Nicolas Sarkozy et Jordan Bardella, dont les ouvrages se vendent en grandes quantités, rapporte TopTribune.
À l’approche des fêtes de fin d’année, les livres politiques occupent une place de choix, avec des figures de droite et d’extrême droite qui dominent les ventes. Nicolas Sarkozy a vendu plus de 92 000 exemplaires de son Journal d’un prisonnier en quelques jours seulement, selon le classement d’Edistat au 14 décembre.
Par ailleurs, le premier ouvrage de Jordan Bardella, Ce que je cherche, publié en novembre 2024, a atteint plus de 230 000 exemplaires écoulés. Son second livre a également connu un grand succès, affichant 75 000 lecteurs un mois après sa sortie. L’ex-candidat à la présidentielle Philippe de Villiers suit cette dynamique avec Populicide, notant des ventes similaires.
Dans le classement des meilleures ventes politiques en France, sept des dix premiers auteurs sont alignés à droite ou à l’extrême droite. Les librairies indépendantes constatent également des ventes substantielles pendant cette période. Selon Alexandra Charroin Spangenberg, présidente du Syndicat de la librairie française, « on est pris malgré tout dans cette tempête médiatique ».
Les figures politiques de gauche semblent rencontrer plus de difficultés à percer. Salomé Saqué, de Blast, émerge comme la seule compétitrice, mais ses ventes sont bien inférieures à celles de ses homologues de droite. Christian Le Bart, politologue, souligne que bien que Jean-Luc Mélenchon ait des scores encourageants, ses ventes restent modestes, atteignant environ 17 000 exemplaires pour son dernier livre.
Les succès des ouvrages politiques de droite et d’extrême droite s’expliquent, en partie, par un contexte médiatique favorable. La possibilité pour Jordan Bardella de devenir le candidat du Rassemblement national pour 2027 et le retour médiatisé de Nicolas Sarkozy après son incarcération jouent clairement en leur faveur. Muriel Beyer, ancienne éditrice de Sarkozy, note que son « fan-club » s’est élargi, alimenté par la controverse de sa peine de prison.
Christian Le Bart analyse que « ces livres ont un tempo plus journalistique que littéraire », suggérant qu’ils sont conçus pour répondre à l’actualité, créant un cycle où chaque publication doit rapidement se démarquer avant d’être éclipsée par une nouvelle. Les critiques mettent en avant le caractère éphémère de ces ouvrages, souvent rédigés par des collaborateurs plutôt que par les personnalités elles-mêmes.
« Ce sont des épiphénomènes qui servent avant tout le destin politique. »
François Annycke, coprésident de la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (Fill)à franceinfo
Une tendance commune à ces succès réside dans leur publication par Fayard, maison d’édition détenue par Vincent Bolloré, connu pour son approche médiatique agressive. Ce matraquage est amplifié par des tournées promotionnelles et des stratégies communicationnelles orchestrées via les réseaux sociaux.
Les livres se vendent non seulement grâce à leur contenu, mais aussi parce qu’ils répondent à une demande croissante d’un public qui semble évoluer vers des positions plus conservatrices. « Les librairies sont une caisse de résonance des problèmes sociétaux, » affirme Charroin Spangenberg, soulignant la transformation du paysage politique français vers une droitisation.
Cependant, la question demeure: ces chiffres de vente se traduisent-ils en lecteurs réels? François Annycke avertit que l’achat d’un livre ne signifie pas nécessairement qu’il sera lu, voire qu’il influencera les comportements électoraux. Les précédents témoignent que le succès commercial ne s’est pas toujours conjugué avec un soutien électoral, rappelant que même des best-sellers comme celui de Sarkozy en 2016 n’ont pas conduit à un triomphe aux primaires de la droite.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, il reste à voir si le rythme des parutions et des ventes continuera d’augmenter ou si le climat anxiogène associé aux élections risquera de diminuer l’intérêt des lecteurs.