Le RN face à la colère des agriculteurs : une position incertaine
Le Rassemblement national (RN) éprouve des difficultés à formuler une réponse adéquate face à la crise provoquée par l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DMC) qui touche les éleveurs. Alors que le mécontentement des agriculteurs se fait de plus en plus palpable, le parti de Marine Le Pen semble osciller entre la volonté de défendre le milieu agricole et la prudence face aux enjeux techniques, rapporte TopTribune.
Les représentants du RN admettent, lorsqu’ils sont interrogés, qu’ils ne possèdent pas l’expertise vétérinaire nécessaire pour se prononcer sur le protocole sanitaire établi par le gouvernement. Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, a récemment questionné les possibilités de prévenir les abattages généralisés des troupeaux sans certitudes scientifiques conduisant à des risques importants. Dans ce contexte trouble, les élus lepénistes ont choisi de centrer leurs critiques sur les traités de libre-échange, notamment l’accord avec le Mercosur, qu’ils jugent menaçants pour les éleveurs.
Mercredi, à Strasbourg, le président du parti et député européen Jordan Bardella a pris un mégaphone pour se joindre à des agriculteurs rassemblés devant le Parlement européen. Il a déclaré : « Nous menons notamment un combat contre le Mercosur, donc je ne suis pas venu vous faire un discours ou un meeting, simplement, vous apporter notre soutien et vous dire qu’on est, évidemment, à vos côtés dans la bataille que vous menez contre un accord qui va entraîner des conséquences désastreuses pour l’agriculture française. » Cette approche vise à détourner l’attention de la crise immédiate vers un débat plus large sur les enjeux économiques.
Cependant, le RN se montre réticent à s’associer à d’éventuels débordements. À la différence de La France insoumise, les élus du Rassemblement national s’affichent peu aux côtés des agriculteurs en protestation. La présidente du RN a critiqué le gouvernement, l’accusant d’utiliser la force contre les éleveurs. Elle a déclaré : « Nous avons tous été terriblement choqués bien sûr par les images de la confrontation, que j’ai appelée ‘la confrontation entre ceux qui nous protègent et ceux qui nous nourrissent’. Il faut trouver, encore une fois, dans la concertation, une solution à la difficulté que nous vivons aujourd’hui, mais des hélicoptères avec du gaz lacrymogène ce n’est certainement pas la solution. »
Marine Le Pen a évoqué une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, prétendant montrer un largage de gaz lacrymogène par hélicoptère sur des agriculteurs. Toutefois, les images indiquent clairement que les gendarmes ont tiré des grenades de gaz lacrymogène depuis le sol, déconstruisant ainsi cette fausse narration. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a également dénoncé cette désinformation lors des séances de questions au gouvernement, auxquelles Marine Le Pen n’était pas présente.
La situation reste délicate pour le RN qui, en cherchant à se positionner comme un défenseur des agriculteurs, navigue entre la prudence et la nécessité de se démarquer sur un sujet aussi sensible. Les implications économiques et sociales de la crise actuelle pourraient influencer la dynamique politique future, tant pour le RN que pour le gouvernement.