Isolé dans le Pacifique Nord, l’atoll français de Clipperton fait l’objet d’une alerte scientifique après une mission menée en novembre par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Les experts pointent une dégradation rapide de l’écosystème, liée à l’introduction du rat noir au début des années 2000, qui menace directement l’une des plus importantes concentrations d’oiseaux marins au monde, rapporte TopTribune.
Sur 1,7 km2, l’atoll abrite entre 120 000 et 150 000 oiseaux marins. Clipperton joue un rôle central pour le fou masqué, avec 35 000 à 40 000 couples recensés, soit près de 70 % de la population mondiale de l’espèce. Malgré cette importance, la situation est jugée critique. « Tous ces oiseaux sont dans un état de conservation défavorable », alerte Cédric Marteau, directeur du pôle Protection de la nature de la LPO, qui évoque une « urgence à agir ».
Une dératisation à venir en 2026 ou 2027
L’impact des rats se mesure aussi à l’effondrement de la population de crabes rouges, passés de 11 millions d’individus en 1968 à « entre 50 000 et 80 000 aujourd’hui ». Ces crustacés régulaient naturellement la végétation et favorisaient la nidification des oiseaux. Depuis la dernière grande expédition scientifique en 2005, le paysage a profondément changé. « Il n’y avait quasiment pas de végétation sur l’île […]. Aujourd’hui, elle est en train d’envahir l’île », constate Cédric Marteau.
La mission de novembre visait à préparer une future dératisation, avec des tests de granulés non empoisonnés pour en évaluer la faisabilité. Si Clipperton est jugée plus simple à traiter que Tromelin ou Amsterdam, l’opération reste un défi logistique nécessitant un hélicoptère, avec un calendrier envisagé en 2026 ou 2027. Les scientifiques ont également été frappés par l’ampleur de la pollution plastique sur les plages. « C’est très choquant quand vous débarquez : vous ne voyez que ça », conclut Cédric Marteau.