Exclusion soudaine d’Oleg Artemïev à quelques mois du lancement
Le 2 décembre 2025, le site The Insider a rapporté, en s’appuyant sur des informations relayées par l’analyste des lancements géospatiaux Gueorgui Trichkine, que le cosmonaute russe Oleg Artemïev avait été retiré de l’équipage de la future mission Crew-12 à destination de la Station spatiale internationale. Selon les éléments diffusés dans l’expression publication de The Insider, l’intéressé est soupçonné d’avoir tenté de copier illégalement de la documentation interne de SpaceX lors de sa formation à Hawthorne, en Californie. D’après l’analyste, il aurait photographié des moteurs et des documents techniques soumis aux règles américaines ITAR, avant d’essayer de quitter la base avec ces matériaux.
Gueorgui Trichkine a confirmé que les faits faisaient l’objet d’une enquête, soulignant que l’éviction d’un membre d’équipage quelques mois avant un vol témoignait d’un incident d’une gravité inhabituelle. Les autorités américaines considèrent que la violation potentielle d’ITAR constitue un risque direct pour la sécurité technologique.
Roscosmos minimise l’affaire tandis que l’enquête se poursuit
La réaction officielle de Roscosmos, qui a affirmé que le remplacement d’Artemïev était lié à un « changement d’affectation », tranche avec le caractère exceptionnel des accusations. Cette position apparaît comme une tentative de désamorcer un scandale susceptible d’ébranler les coopérations en cours, alors que l’enquête américaine se poursuit sur le fondement de soupçons d’espionnage industriel.
Artemïev devait participer au programme de vols croisés permettant aux cosmonautes russes de voyager à bord des Crew Dragon, tandis que les astronautes américains continuent d’accéder à l’ISS via les Soyouz. Il sera finalement remplacé dans Crew-12 par Andreï Fedïaïev, déjà expérimenté sur Crew Dragon. Les registres du Centre de formation des cosmonautes Youri Gagarine indiquent désormais sa présence dans l’équipage.
Un incident qui fragilise la confiance dans les partenariats spatiaux internationaux
Âgé de 54 ans, auteur de trois missions spatiales et élu depuis 2019 à la Douma municipale de Moscou sous l’étiquette « Russie unie », Artemïev était un participant clé au mécanisme de coopération entre les agences spatiales. L’incident met en lumière les fragilités structurelles du secteur spatial russe, marqué par des problèmes de financement, des retards technologiques et une série d’accidents récents, dont la défaillance du lancement Soyouz MS-28 le 27 novembre 2025.
Selon plusieurs experts, la tentative présumée d’exfiltration de données SpaceX s’inscrit dans une dynamique plus large où la Russie cherche à compenser son retard technologique en ciblant des innovations occidentales. Les sanctions et la perte d’accès aux technologies avancées accroissent l’intérêt de Moscou pour de telles pratiques. Cette situation accentue les risques pour les partenaires internationaux et pourrait conduire à une révision des protocoles de sécurité, notamment au sein de la NASA, de l’Agence spatiale européenne et des autres opérateurs impliqués dans la gestion de l’ISS.
L’affaire pourrait aussi affecter l’avenir du dispositif de vols croisés, qui repose sur une confiance mutuelle et une transparence totale durant la préparation des équipages.