Recyclage des panneaux solaires en France : enjeux et stratégies pour une souveraineté énergétique durable

Recyclage des panneaux solaires en France : enjeux et stratégies pour une souveraineté énergétique durable

02.12.2025 09:26
3 min de lecture

A Menen (Belgique),

Sous un ciel nuageux, une grue manipule des panneaux solaires endommagés, les préparant pour leur traitement dans un broyeur géant au site de recyclage de Galloo, à la frontière franco-belge. Environ 5 500 tonnes de panneaux solaires seront recyclées en 2025, alors que la COP30 vient de se conclure au Brésil avec l’adoption d’une initiative pour sortir des énergies fossiles en électrifiant les besoins énergétiques. Dans ce contexte, le devenir des panneaux solaires usagés est en question : quelle est leur trajectoire après utilisation, et leur recyclage peut-il contribuer à la souveraineté énergétique de la France? rapporte TopTribune.

Les panneaux photovoltaïques (PV) contiennent des matières premières essentielles telles que le silicium, le cuivre et l’aluminium, considérées comme critiques au niveau européen. En France, l’éco-organisme Soren est le seul responsable de collecter et recycler ces panneaux en partenariat avec Galloo. Actuellement, environ 80 millions de panneaux solaires sont installés sur le territoire français, avec une durée de vie moyenne de vingt ans.

Prévisions pour 2040 : 150 000 tonnes de panneaux à récolter

« Nous travaillons à garantir que la performance environnementale des panneaux photovoltaïques soit optimisée en réduisant leur empreinte écologique, de leur fabrication à leur recyclage », déclare Nicolas Defrenne, directeur général de Soren. Ce dernier précise que ce sont les exploitants de panneaux solaires qui doivent les amener aux centres de tri, un effort qui n’est pas toujours réalisé. « Il est inacceptable de promouvoir l’électricité verte tout en laissant des panneaux photovoltaïques joncher les paysages », ajoute-t-il, en notant que le taux de collecte a atteint 67 % en 2024. Pour 2040, Soren envisage de collecter 150 000 tonnes de panneaux solaires.

Les panneaux photovoltaïques offrent la possibilité de recycler jusqu’à 94 % de leurs matières : aluminium, verre, câbles en cuivre, plastiques, et argent. Cependant, le recyclage du silicium reste un défi. « Notre but est de récupérer les métaux critiques tels que le silicium et l’argent, qui constituent 60 % de la valeur de la cellule », explique Nicolas Defrenne. Galloo, qui se spécialise dans le recyclage de divers métaux, a commencé à traiter les panneaux solaires en 2021, sur un site de quinze hectares où deux éoliennes sont également installées pour produire de l’électricité. L’aluminium, le cuivre et les éléments métalliques sont triés et récupérés.

Technologie de tri avancée

Dans l’optique de recycler les 10 000 tonnes de panneaux solaires cristallins collectées en 2024 en France, six centres de traitement sont opérationnels, dont deux sont localisés en Belgique. Au contraire de certaines installations dans le sud de la France, le recyclage à Galloo est intégré dans un processus de traitement de déchets variés, incluant la ferraille et les déchets électroniques. La visite du site révèle des technologies sophistiquées de séparation, après le broyage des panneaux, qui utilisent des méthodes de tri par densité, air comprimé, rayons X et spectroscopie. Ces procédés aboutissent à la production de matériaux homogènes, comme un concentré de cuivre à 99 % ou de l’aluminium trié par type d’alliage.

Les enjeux de la récupération du silicium

La récupération et la purification du silicium, un matériau semi-conducteur crucial, représentent l’un des principaux défis du secteur en pleine structuration. « Le silicium doit être purifié avec un niveau de qualité équivalent, voire supérieur, à celui utilisé pour les microprocesseurs », affirme Emmanuel Katrakis, directeur des affaires institutionnelles et réglementaires de Galloo. En collaboration avec Umicore, une entreprise partenaire qui extrait l’argent des panneaux solaires, des procédés sont à l’étude pour améliorer la purification du silicium recyclé. Actuellement, ce silicium recyclé ne peut pas être réutilisé dans les panneaux solaires, mais il pourrait être appliqué dans des domaines tels que le verre de qualité supérieure ou l’électronique. Le site Rosi Solar, en Isère, réussit à recycler silicium et argent grâce à des techniques chimiques.

Demande croissante en métaux critiques

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pour atteindre les impératifs climatiques établis dans l’accord de Paris — soit limiter le réchauffement mondial à moins de 2 °C — la demande de métaux critiques utilisés dans les technologies bas carbone devra quadrupler, voire sextupler, d’ici 2040. Bien que le silicium soit abondant sur la planète, sa transformation est très énergivore, et la maîtrise des procédés de transformation est dominée par des entreprises asiatiques, notamment chinoises.

« L’AIE prévoit qu’en 2040, 20 % des besoins en cuivre, aluminium et silicium pourraient être satisfaits par le recyclage, avec jusqu’à 70 % des besoins en argent pour la transition énergétique », souligne Nicolas Defrenne. Selon lui, le recyclage doit être intégré dans une stratégie qui privilégie également l’écoconception et la réduction des déchets. La durabilité des énergies renouvelables dépendra de la capacité à établir une économie circulaire efficace pour réutiliser les matières premières nécessaires à leur production.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER