En pleine navette budgétaire, l’exécutif et le Parlement cherchent des recettes nouvelles. Dans ce contexte, les socialistes proposent un mécanisme radical pour que les riches contribuent davantage à l’effort national. Cette proposition — visant les foyers les plus fortunés — pourrait redessiner le débat fiscal autour du Budget 2026, rapporte TopTribune.
L’emprunt forcé proposé par les socialistes pour le Budget 2026
Les sénateurs du Parti Socialiste ont déposé, le 25 novembre 2025, un amendement visant à instaurer un « emprunt obligatoire » auprès des foyers les plus aisés. Concrètement, cela signifierait que certains contribuables — à savoir environ 20 000 foyers fiscaux parmi les plus riches — seraient contraints de prêter une somme à l’État, remboursable sous une période de trois à cinq ans, sans intérêts. Selon les estimations fournies par les socialistes, cette initiative pourrait générer entre 5 et 6 milliards d’euros.
Cette approche se veut une alternative à une « taxation directe » des ultra-riches et s’inscrit dans la suite des réflexions menées par la gauche après le rejet, à l’Assemblée nationale, de la taxe Zucman. L’amendement fait allusion au modèle de l’« emprunt Mauroy » instauré en 1983.
Un compromis pour les riches…
Tout d’abord, parce que la taxation traditionnelle des fortunes, par le biais d’impôts sur le revenu ou le patrimoine, montre des limites dans le paysage politique actuel. Le rejet de la taxe Zucman a mis en lumière ces obstacles. L’emprunt forcé émerge ainsi comme une solution de compromis : prélever sur les plus riches sans avoir recours à un impôt permanent.
En outre, l’État cherche désespérément des ressources supplémentaires pour équilibrer ses comptes. L’emprunt permettrait d’injecter rapidement 5 à 6 milliards d’euros, ce qui allégerait la pression sur le déficit sans devoir procéder à des coupes drastiques dans d’autres domaines.
Enfin, cette mesure s’inscrit dans une stratégie politique visant à démontrer que les plus riches — souvent perçus comme à l’abri de l’effort collectif — contribuent réellement au redressement budgétaire. Il s’agit également d’une réponse à une demande de justice fiscale, portée par des partis de gauche.
Mais un message négatif
Actuellement, le principal obstacle provient des dynamiques politiques et institutionnelles. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a exprimé son scepticisme, qualifiant cette idée d’emprunt « forcé » de « message très négatif ».
Certains sénateurs, principalement de droite et du centre, estiment que cette mesure est trop confiscatoire. Dans un cadre où la majorité sénatoriale ne soutient pas les idées socialistes, il semble peu probable que l’amendement obtienne l’appui nécessaire à son adoption.
D’autres avertissent que recourir à un emprunt, même sans intérêt, revient à instaurer un nouvel impôt implicite. Pour ces opposants, cela relèverait d’une fiscalisation des plus riches sans l’assumer clairement, soulevant des questions sur l’équité et les principes fiscaux.
Une manne facile
Si un emprunt forcé était validé et opéré à hauteur de 5–6 milliards d’euros, cela fournirait un soutien financier notable pour l’État. Dans un contexte de tensions sur les dépenses publiques et d’incertitude économique, cette manne pourrait contribuer à stabiliser le budget sans augmenter les impôts pour l’ensemble des Français.
Cependant, cette mesure comporte des risques politiques et symboliques. Obliger les plus riches à prêter pourrait être interprété comme une stigmatisation fiscale, suscitant des préoccupations quant à une possible fuite de capitaux ou à un exil fiscal. De plus, l’acceptation d’un tel mécanisme — inédit depuis plusieurs décennies — pourrait ouvrir la voie à d’autres demandes de « contributions exceptionnelles » ciblées, modifiant ainsi durablement l’équilibre fiscal et social.