Des test ADN récréatifs pourraient permettre de résoudre des affaires criminelles en France

Des test ADN récréatifs pourraient permettre de résoudre des affaires criminelles en France

07.11.2025 17:34
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Lors d’une interview accordée à France Inter, le ministre Gérald Darmanin a exprimé son souhait de légaliser l’accès des enquêteurs français du pôle Cold Case aux bases de données d’ADN dites « récréatives », au moyen de la loi SURE (Sanction utile, rapide et effective). Ces fichiers, notamment ceux gérés par des sociétés américaines, recueillent les analyses ADN à des fins de généalogie et de prédiction des risques de maladies, un aspect encore à prouver, rapporte TopTribune.

Darmanin a évoqué une demande faite par le pôle Cold Case au FBI pour accéder à ces échantillons, soulignant un cas où cette approche a permis d’identifier un prédateur ayant commis plusieurs viols entre 1998 et 2008. Il a déclaré : « Un ADN récréatif. Vous pouvez en France envoyer votre ADN aux États-Unis pour voir si vous n’êtes pas le cousin de quelqu’un d’autre. »

Trahi par sa famille

La généalogie génétique est utilisée lorsque l’ADN trouvé sur une scène de crime ne correspond à aucun profil dans les fichiers policiers. Elle consiste à croiser cet ADN avec les données de sociétés privées qui, depuis les années 2000, regroupent des millions de profils. Ce croisement d’informations permet de remonter jusqu’à un parent éloigné du suspect.

Selon Yaniv Erlich, ancien directeur scientifique de MyHeritage, près de 50 millions de personnes, principalement aux États-Unis, ont réalisé de tels tests. En France, bien que cela soit passible d’une amende de 3 750 euros, entre 100 000 et 150 000 personnes effectuent ces tests chaque année.

Pour contourner l’interdiction d’accès direct aux bases de données récréatives, la justice française sollicite les autorités américaines par le biais d’entraides internationales. Cette procédure a été mise en œuvre avec succès en 2022 pour identifier le prédateur des bois, dont deux cousins avaient utilisé des tests ADN fournis par des start-ups américaines.

Aux États-Unis, un crime par semaine est résolu grâce aux bases de données ADN récréatives

Gérald Darmanin a précisé qu’il existait plus de 30 affaires au pôle Cold Case qui pourraient être élucidées si l’accès aux données ADN était autorisé légalement. Il a ajouté que plus de 50 000 traces ADN dans le fichier national restaient sans réponse. « Aux États-Unis, c’est un crime par semaine qui est résolu », a-t-il dit.

L’arrestation de Joseph DeAngelo, le tueur du Golden State, en avril 2018, est souvent considérée comme un tournant pour la généalogie génétique médico-légale. Depuis cet événement, les enquêteurs du monde entier exploitent de plus en plus cette méthode pour résoudre des affaires complexes.

Faire parler l’ADN, celui qui n’est pas dans le fichier Fnaeg

Cette méthode a permis d’élucider certains des meurtres les plus emblématiques, tout comme des affaires moins médiatisées dans des zones rurales. En décembre 2024, 755 affaires criminelles avaient été résolues, impliquant 379 individus, selon la professeure Tracey Leigh Dowdeswell.

Une étude récente a démontré qu’avec les données d’ADN de 1,28 million d’individus testés aux États-Unis, 60 % des Américains posséderaient un cousin au troisième degré potentiellement traçable par généalogie génétique.

Une technologie d’investigation réservée aux crimes les plus graves

Aujourd’hui, la généalogie génétique n’est pas encore réglementée par le code de procédure pénale français, qui privilégie la recherche d’ADN dans les fichiers policiers. Cependant, le ministre de la justice a assuré que son utilisation se limiterait aux crimes graves sous le contrôle d’un juge.

Maître Marine Allali, avocate de la famille d’une victime de 1987, a déclaré : « on sait qu’il faut entre 1 et 2 % d’une population pour pouvoir remonter à un cousin éloigné. » Elle espère que l’ADN retrouvé sur les vêtements de la victime permettra d’identifier le meurtrier.

Et la protection des données ?

Le débat sur la protection des données personnelles et le risque de fichage ethnique est ouvert. Aux États-Unis, des plateformes comme GEDmatch rapportent un fort soutien de la part des utilisateurs pour devenir des « témoins génétiques » portant à 80 % ceux ayant téléchargé leur ADN récemment. Certaines plateformes collaborent avec les forces de l’ordre, tandis que d’autres demeurent plus prudentes.

Source : Interview de M. Gérald Darmanin, Garde des Sceaux, ministre de la justice, à France Inter le 20 octobre 2025 Service d’information du Gouvernement, le 21 octobre 2025 ; How Many Cases Have Been Solved with Forensic Genetic Genealogy? March 03, 2023 Michelle Taylor Editor-in-Chief Forensic ; Erlich Y, Shor T, Pe’er I, Carmi S. Identity inference of genomic data using long-range familial searches. Science. 2018 Nov 9;362(6415):690-694.

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