Un ancien officier de la Gendarmerie mobile déclare : « À Sainte-Soline, les gendarmes ont exercé leur devoir face à une violence d'une intensité sans précédent »

Un ancien officier de la Gendarmerie mobile déclare : « À Sainte-Soline, les gendarmes ont exercé leur devoir face à une violence d’une intensité sans précédent »

06.11.2025 21:34
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Une controverse a éclaté ce matin dans Libération et Mediapart, à la suite de la diffusion de vidéos enregistrées du côté des gendarmes lors des affrontements survenus à Sainte-Soline. Les images montrent des ordres de tirs tendus ainsi que des commentaires considérés comme inappropriés vis-à-vis des manifestants. Un ancien officier de la Gendarmerie mobile a apporté un éclairage différent sur ces incidents, dont nous publions ici ses explications dans leur intégralité, rapporte TopTribune.

Question — Quel est votre ressenti face aux événements de Sainte-Soline, après avoir commandé sur le terrain des pelotons de gendarmerie mobile ?
Réponse —Les gendarmes présents à Sainte-Soline ont été confrontés à une violence sans précédent. En face, des individus déterminés, bien organisés, étaient là non pas pour manifester pacifiquement, mais pour engendrer des problèmes. Ce ne sont pas de simples manifestants : certains groupes, comme les Black Blocs, font usage d’armes artisanales telles que des cocktails Molotov, des bouteilles d’acide, des boulons, et des mortiers, ce qui peut entraîner des blessures graves, voire des morts. On se trouve ici à la frontière de la légitime défense. Un gendarme pourrait tirer sur quelqu’un qui tente de l’incendier en lui lançant des bouteilles d’essence enflammée ? Probablement. Néanmoins, ils n’ont pas franchi cette ligne; ils ont tenté de contenir la violence au mieux. Les tirs tendus utilisés étaient, à mon avis, justifiés dans ce contexte.

Question — Plusieurs médias ont signalé des comportements inappropriés de certains gendarmes. Qu’en pensez-vous ?
Réponse —Cela doit être replacé dans le contexte. Les gendarmes sont des militaires, formés et encadrés, donc disciplinés. La Gendarmerie mobile privilégie une culture de maîtrise; son objectif est d’agir avec la violence légitime de l’État, sans excès. Bien que des débordements puissent survenir, ils restent généralement rares, car le cadre est strict. Si des ordres ont été donnés pour des tirs tendus, c’est qu’il y avait un véritable danger immédiat, pleinement compris par la chaîne de commandement. À rappeler que des gendarmes ont subi de sérieuses brûlures.

Question — Certains médias rapportent des propos jugés déplacés tenus par des gendarmes envers les manifestants. Que pensez-vous de cela ?
Réponse —Effectivement, cela arrive. Cela fait partie de la nature humaine. Sur le terrain, les gendarmes échangent des instructions techniques, mais ils partagent aussi leurs observations sur ce qu’ils voient et sur les personnes face à elles. Cela est normal. Sans cela, on pourrait remplacer les gendarmes par des machines. À ce moment-là, ils faisaient face à des personnes d’une violence extrême. Il est naturel que, dans un contexte aussi stressant, où la peur pour les collègues est présente, les émotions s’expriment. Ces propos doivent être compris et remis dans leur juste perspective; ils n’indiquent pas de haine, mais traduisent une tension palpable, des craintes. Ils ne doivent pas occulter le fait que la riposte a été mesurée et proportionnée. Dans d’autres pays, cela aurait pu tourner à la violence mortelle : ici, les gendarmes ont réussi à ne pas franchir cette ligne. C’est ce qu’il faut considérer.

Question — Pourquoi avoir recours à des tirs tendus ?
Réponse —C’est une question de sécurité ; il faut maintenir une distance. Quand un peloton se trouve face à des groupes de deux cents individus masqués et armés de barres de fer et de cocktails Molotov, il est crucial d’agir avant qu’ils ne se rapprochent. Les tirs tendus servent à éloigner, à dissuader, et à créer un espace de sécurité. Ce ne sont pas des tirs destinés à blesser. Ils permettent d’éviter le contact, surtout lorsque l’usage de la matraque n’est plus suffisant. Sans cela, les gendarmes risquent de se retrouver submergés.

Question — Certains estiment ces pratiques comme disproportionnées. Que répondez-vous ?
Réponse —Celleux qui parlent de disproportion n’ont pas vécu la situation d’un peloton sous le feu de cocktails Molotov et de projectiles. Les grenades offensives ont été retirées après l’affaire Rémi Fraisse. Les gendarmes manquent d’alternatives pour faire face, mais ils doivent toujours accomplir leur mission. Ils font avec les moyens du bord; il est notable qu’il y ait eu peu de blessés malgré la violence des attaques, ce qui témoigne du professionnalisme des gendarmes.

Question — La peur et la tension étaient palpables. Certains gendarmes ont-ils développé des traumatismes ?
Réponse —D’après ce que j’ai appris, oui, certains gendarmes pourraient avoir développé un syndrome de stress post-traumatique. Cela montre la violence psychologique de la situation. Ils ont eu la conviction qu’ils allaient mourir. En voyant un mur de flammes, des explosions et des cris où leurs camarades chutent après avoir été frappés par des projectiles, cela marque profondément. Ces hommes n’ont rien d’inhumain; ce sont des militaires qui font preuve de courage et de sang-froid.

Question — Pouvez-vous préciser la culture de la Gendarmerie mobile ?
Réponse —La Gendarmerie mobile a été créée pour remplacer les troupes à une époque où le maintien de l’ordre s’effectuait de manière violente. Sa mission est de canaliser la violence sans la libérer. Nous apprenions à l’école que chaque manifestant violent reste un citoyen égaré, ce qui implique de respecter la personne, même en situation de conflit. C’est cette philosophie, axée sur l’usage proportionné de la force, qui définit notre approche française du maintien de l’ordre.

Question — Dites-vous alors qu’il n’y a pas eu de débordement ?
Réponse —Globalement, non, les ordres ont été respectés et le dispositif a bien fonctionné. Bien que des scènes très brutales aient eu lieu, nous ne déplorons ni morts ni des deux côtés. Cela démontre que le système a bien opéré. Ceux qui parlent de violences policières oublient que, sans ce degré de professionnalisme et de discipline, cette situation aurait pu conduire à de graves conséquences.

Question — Que tirez-vous comme conclusion de ces événements ?
Réponse —Nous demandons aux gendarmes d’encaisser l’impossible; ils subissent une violence avec professionnalisme. Ils représentent une force retenue, encadrée, et fidèle à la République. Leur motivation n’est ni la haine ni la vengeance, mais la protection. À Sainte-Soline, ils ont été confrontés à des personnes prêtes à tout, et malgré cela, ils ont su accomplir leur mission.

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