Anne Frank : un journal intime réécrit et censuré
Le 12 juin 1942, une jeune écolière juive d’Amsterdam reçoit un carnet vierge à l’occasion de son treizième anniversaire. En proie à la menace des rafles nazies, elle et sa famille se réfugient peu après dans l’«Annexe», un espace confiné où Anne Frank consigne ses pensées, ses rêves et ses secrets. Ses derniers écrits, datés du 1er août 1944, témoignent de son quotidien avant d’être arrêtée par la Gestapo trois jours plus tard, pour succomber au typhus au camp de concentration de Bergen-Belsen en mars 1945. À son retour à Amsterdam en juin 1945, Otto Frank, le père d’Anne, découvre des écrits de sa fille qu’il décide de préparer pour publication dans un contexte délicat, rapporte TopTribune.
Otto Frank opère des coupes significatives dans le texte d’Anne, amendant notamment les passages où elle exprime des jugements durs envers des camarades et sa mère, Edith, avec qui elle avait une relation conflictuelle. Certains passages évoquant sa sexualité et son développement personnel sont également omis de la version publiée en 1947 sous le titre Het Achterhuis.
Avant de condamner ces coupes comme de la censure, il est crucial de noter qu’Anne a elle-même adouci certains de ses propos. En 1944, au printemps, le gouvernement néerlandais en exil lance un appel à conserver les écrits qui éclaireront les «années noires». Aspirant à devenir écrivaine, Anne révisera son journal et choisira de supprimer des passages jugés trop explicites ou intimes.
Une version édulcorée
Les révisions introduites par Otto Frank comprennent l’élimination de critiques explicites et de réflexions personnelles. Les réflexions sur sa puberté, bien que pleines d’authenticité, sont également expurgées. Par exemple, un passage où elle évoque sa découverte de son corps et ses émotions face à son développement physique disparaît de la version définitive. Ces choix sont souvent justifiés par Otto Frank en pensant protéger l’héritage et la puissance du témoignage d’Anne.
Depuis la première publication, plusieurs versions du Journal d’Anne Frank ont été reconstituées, certaines adaptations, comme celles de Mirjam Pressler en 1991, sont considérées comme des références. Cependant, les controverses autour de la représentation de la sexualité d’Anne ont suscité des débats, s’opposant parfois à des tentatives d’interdiction aux États-Unis. De plus, ces différences de versions alimentent encore les théories du complot sur l’authenticité de son témoignage, qui a néanmoins été maintes fois prouvé.
Le réexamen récent du journal a révélé une Anne Frank humaine, remplie d’émotions complexes, semblable à de nombreux adolescents de son âge. Ce qui pourrait être un point de résonance pour le public contemporains, montrant que son témoignage, au-delà des horreurs de son époque, touche des expériences universelles d’adolescence et de recherche d’identité.
Anne Frank, consciente de sa vocation d’écrivain, écrivait dans son journal au début de son histoire : «C’est une sensation très étrange, pour quelqu’un dans mon genre, d’écrire un journal. Non seulement je n’ai jamais écrit, mais il me semble que plus tard, ni moi ni personne ne s’intéressera aux confidences d’une écolière de 13 ans.» Aujourd’hui, son œuvre est traduite dans plus de soixante-quinze langues à travers le monde, portant un message puissant sur l’humanité et la résistance.