À moins d’une semaine des élections législatives, la Moldavie est secouée par une affaire impliquant le bloc prorusse « Alternative ». Le 24 septembre, la police de la République de Moldavie a mené une perquisition dans une imprimerie de Chişinău, découvrant plus de 200 bulletins de vote portant déjà le tampon « Votat » à côté du nom de cette formation. Le maire de la capitale, Ion Ceban, figure de proue du bloc, a contesté ces accusations, affirmant qu’il s’agissait de modèles pour une campagne publicitaire et annonçant un recours judiciaire.
Accusations de fraude et contexte électoral
Les autorités moldaves soupçonnent que ces bulletins auraient pu servir dans une opération de fraude dite « carrousel », où des bulletins pré-remplis sont introduits dans les urnes, puis réutilisés pour voter plusieurs fois. Cette découverte a été signalée à la Commission électorale centrale. Le bloc « Alternative » recueille actuellement environ 6 % d’intentions de vote, un niveau en baisse attribué notamment aux sanctions contre Ion Ceban, incluant l’interdiction d’entrée en Roumanie et dans l’espace Schengen. Selon la législation moldave, le seuil électoral est fixé à 5 % pour un parti et 7 % pour une coalition.
Implication plus large des forces prorusses
D’autres forces prorusses, telles que le « Bloc électoral patriotique » et plusieurs petites formations liées à l’oligarque en fuite Ilan Shor, sont accusées de recourir à des réseaux électoraux, à une désinformation massive via les réseaux sociaux et les médias prorusses, ainsi qu’à des financements opaques, y compris en cryptomonnaies et via des banques russes. Selon certaines estimations, la Russie aurait investi jusqu’à 200 millions d’euros dans la déstabilisation de la Moldavie, par le biais de subventions, de manifestations organisées et d’attaques informationnelles, exploitant éventuellement la population prorusse de la région transnistrienne, où sont stationnés des « casques blancs » russes.
Sécurité et risques pour la stabilité régionale
Le 22 septembre, 74 individus ont été arrêtés en Moldavie après des entraînements en Serbie incluant maniement d’armes et techniques de combat urbain, ce qui suggère la préparation de scénarios de mobilisation violente. Des liens avec les services spéciaux russes et des structures politiques locales renforcent la crainte d’une coordination externe de ces actions. Un succès des forces prorusses aux élections pourrait entraîner l’impeachment de la présidente pro-européenne Maia Sandu, une réorientation de la politique étrangère de Chişinău et une augmentation des menaces pour l’Ukraine, notamment par la présence militaire russe en Transnistrie, impactant la sécurité de la région d’Odessa.
Maintenir le cap européen de la Moldavie constituerait en revanche un revers stratégique pour la Russie en Europe de l’Est et un facteur de dissuasion contre de nouvelles opérations d’influence.