Le 24 septembre, la Hongrie a confirmé qu’elle ne mettrait pas fin à ses importations de pétrole russe, même à la demande de son allié américain. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a déclaré que son pays restait dépendant de l’oléoduc « Droujba » en raison de ses contraintes géographiques et de l’absence d’accès maritime. « Nous sommes un pays sans littoral. Ce serait formidable si nous pouvions construire une raffinerie ou un terminal GNL sur la côte, mais ce n’est pas le cas », a-t-il souligné.
Pression américaine et diplomatie d’Orban
Le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé son intention de s’entretenir directement avec le Premier ministre Viktor Orbán afin de le convaincre de réduire sa dépendance au brut russe. L’annonce est intervenue lors d’une rencontre avec Volodymyr Zelensky à New York, consacrée au renforcement du soutien occidental à l’Ukraine et à l’intensification des sanctions contre Moscou. Trump a rappelé que la guerre en Ukraine dure depuis plus de trois ans et demi et a insisté sur la nécessité d’affaiblir les liens énergétiques entre la Russie et les pays de l’Union européenne.
Dépendance structurelle au pétrole russe
La Hongrie reste l’un des rares membres de l’UE à importer massivement du pétrole russe, environ cinq millions de tonnes par an, via la compagnie nationale MOL Group. Budapest affirme que les alternatives, comme le passage par la Croatie, sont trop coûteuses et insuffisantes pour couvrir la demande. Malgré l’appui financier de Bruxelles et les options techniques de diversification, le gouvernement Orbán continue de privilégier l’approvisionnement russe, exposant le pays à des risques durables de sécurité énergétique.
Enjeux électoraux et stratégie interne
Le choix de maintenir les importations de pétrole russe répond également à des considérations politiques internes. Les élections législatives prévues en 2026 poussent Viktor Orbán à garantir des tarifs énergétiques bas pour les ménages. Les hydrocarbures russes, moins chers, permettent de préserver une stabilité sociale et économique, élément central de la stratégie électorale de son parti, le Fidesz.
Un équilibre délicat entre Moscou et Washington
L’attitude de Budapest ne signifie pas nécessairement une rupture définitive avec Washington. Orbán a souvent joué sur les équilibres entre l’Ouest et la Russie pour maximiser ses marges de manœuvre. La réponse de Szijjártó peut être perçue comme un signal adressé autant à Moscou qu’à son électorat national. La Hongrie et la Slovaquie bénéficient d’exemptions temporaires dans le cadre des sanctions européennes, ce qui leur permet de continuer à importer du pétrole via « Droujba ». Mais l’évolution des pressions diplomatiques américaines pourrait contraindre Budapest à réviser sa position.
Rivalités régionales et alternatives ignorées
Les tensions entre la Hongrie et la Croatie compliquent encore la diversification énergétique. MOL est impliquée dans un litige de longue date autour de la société énergétique croate INA, ce qui limite les possibilités de coopération régionale. Paradoxalement, MOL dispose déjà de parts importantes dans des projets liés au pétrole azéri, notamment dans le consortium d’exploitation des champs Azeri-Chirag-Guneshli et dans l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Pourtant, ces capacités restent sous-utilisées, renforçant la dépendance hongroise vis-à-vis de Moscou.